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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 17:49

Oui, vous ne rêvez pas : Jules Verne est de retour ! Bon, j'ai mis pas mal de temps à lire les plus de 600 pages qui constituent ce roman (fini il y a plus d'un mois maintenant) mais cela n'est absolument pas du à la qualité de l'oeuvre, toujours aussi passionnante et qui nous permet de partir à la découverte, cette fois, des expéditions polaires de la fin du 19ème siècle et plus paticulièrement de la course au pôle Nord

 

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D'abord publié en 2 parties, Aventures du capitaine Hatteras est la première oeuvre de ce que j'appelle (et peut-être suis-je le seul d'ailleurs) "la trilogie des capitaines" de Jules Verne. En effet, après les aventures du capitaine Hatteras, Jules Verne nous offrira celles des enfants du capitaine Grant puis celles du capitaine Nemo dans 20000 lieues sous les mers, en seulement quelques années. L'occasion de voir comment l'auteur va offrir un traitement différent à des personnages dont le métier est identique. Mais revenons à nos petites affaires avec le roman dont il est question ici. Comme je le disais, ce roman est constitué de 2 grandes parties : Les anglais au pôle Nord et Le désert de glace. On pourrait même diviser ces 2 parties en 2 autres bien segmentées. La première pourrait même s'intituler "mais qui est le capitaine Hatteras ?" 

 

 

Car si, auparavant, Jules Verne avait tendance à nous mettre dans un contexte historique, scientifique et technologique afin de nous préparer au coeur de l'histoire (préparatifs pour le départ dans Cinq semaines en ballon, préparatifs pour le Voyage au centre de la Terre...), cette fois, il va jusqu'à nous parler de son personnage principal sans nous le présenter, le laissant apparaitre comme un fantôme pendant une bonne centaine de pages. C'est ainsi que le lecteur est tout d'abord confronté à une grande énigme : qui est ce capitaine, quel est son but, pourquoi n'apparait-il pas et comment et quand va-t-il apparaitre ? Car si les matelots du Forward, le navire construit pour Hatteras, salivent à l'idée des revenus que vont engendrer leur "croisière", le doute s'installe insidueusement en eux alors que le capitaine traine à se présenter à son équipage. Un parti pris original de la part de l'auteur et qui se révèle très efficace.

 

http://jules-verne.servhome.org/Romans/RomansImages/VoyagesetAventuresduCapitaineHatteras/CapitaineHatteras0.JPG

 

Cette première partie de l'histoire permet également de faire connaissance avec les principaux personnages de l'histoire. Outre Hatteras, dont on entend beaucoup parler au début avant son apparition et que nous décourirons progressivement, l'un des personnages les plus importants, celui qui apportera la lumière plus d'une fois et dont les connaissances seront d'un grand secours, le docteur Clawbonny, prend déjà une place importante en instruisant ses camarades sur les précédentes expéditions polaires. Une fois encore, Jules Verne nous montre une parfaite connaissance des avancées scientifiques de son époque et nous fait une démonstration de ses talents de narrateur et de conteur par le biais d'un personnage savant qui servira de caution scientifique tout le long du récit. Le vice-capitaine Richard Shandon aura aussi une part importante par la suite, puisqu'il décidera finalement du devenir de nos héros. Johnson et Bell, deux des matelots du Forward ainsi que le dog-captain, Duck, auront également une place prépondérante dans le récit et nous sont présentés dès les "premières" pages du roman.

 

 

La seconde partie de cette première partie donc va voir notre héros, le capitaine Hatteras, prendre le commandement de son navire et mener progressivement son équipage vers le but qu'il s'est fixé : atteindre le pôle Nord. Mais malgré l'appat du gain (Hatteras promettant de fortes récompenses en cas de réussite de la mission), la gronde monte dans l'équipage, menée par Shandon qui n'a pas vraiment apprécié d'être mis de côté lors de la prise de pouvoir du capitaine. Et alors que le charbon commence à manquer, Hatteras quitte le navire emprisonné dans les glaces afin de récupérer des vivres laissées par des aventuriers passés. Le retour de cette expédition allait marquer la fin de la première partie du roman où nos héros devront faire avec une rebéllion qui laissera le Forward en cendres... C'est aussi lors de cette expédition qu'un nouveau personnage fait son apparition avec Altamont, un capitaine américain en sale état secouru par Hatteras et ses camarades. 

 

http://pagesperso-orange.fr/kicswila/clin-oeil/hatteras_herge.jpg

 

La seconde partie du roman débute donc avec l'hivernage forcé de nos héros qui, sans bâteau, sans vivres, sans abris, vont devoir survivre dans une partie du monde où le froid est terriblement intense. Malgré l'inimitié naissante entre Altamont l'américain et Hatteras l'anglais, le premier cité permet à nos héros de récupérer quelques vivres dans les débris de son navire, le Porpoise. Clawbonny sera évidemment d'un grand secours lors de ce "camping" improvisé permettant notamment de créer une véritable maison de glace en mettant en pratique ses connaissances. Et malgré le froid, le peu de gibier, les ours parfois belliqueux, nos héros vont réussir à passer cet hiver très rigoureux avant, enfin de se lancer dans leur dernière expédition : celle devant les mener au pôle Nord. Ayant construit une barque avec les restes du Porpoise, Hatteras, Altamont, Johnson, Bell et Clawbonny se dirigent vers leur but ultime. Hatteras devra la vie sauve à son ennemi américain, le rendant ainsi grandement reconnaissant. La tempête hors-normes que nos compagnons devront affronter pour rejoindre l'île où semble se trouver le pôle Nord ne sera pas de tout repos... 

 

 

La fin des Aventures du capitaine Hatteras que nous lisons aujourd'hui n'est apparemment pas celle voulue au départ par Jules Verne, celui-ci souhaitant voir mourir son héros lorsqu'il atteint son but. La version finale n'est peut-être pas moins bonne, mettant en lumière les conséquences que peuvent avoir les obsessions les plus folles. Jules Verne a donc changé de cadre en nous présentant cette fois-ci les mers arctiques et la vie dans des conditions de froid extrême, avec, encore une fois, une sorte de "guide de survie en milieu hostile". Captivant, passionnant et instructif, les Aventures du capitaine Hatteras ne dénote pas dans la bilbiographie de Jules Verne et même si on commence à retrouver un schéma répétitif, le changement d'environnement empêche toute routine de s'installer. On peut donc passer à la suite sans crainte : Les enfants du capitaine Grant, qui semble nous promettre un sympathique tour du monde en bâteau... A venir bientôt (rires) sur le blog !

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 17:25

Troisième roman de Jules Verne (si l'on met de côté Le comte de Chanteleine, publié en revue en 1864 et en volume uniquement en 1971), De la Terre à la Lune fait partie d'un dyptique avec Autour de la Lune, publié 5 ans plus tard, en 1870. La publication de ces deux oeuvres sera séparée par 3 autres romans, Les aventures du capitaine Hatteras, Les enfants du capitaine Grant et le célébrissime Vingt mille lieues sous les mers. Mais que nous réserve Jules Verne dans De la Terre à la Lune ?

 

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Le récit prend tout d'abord place dans les locaux du Gun Club, association regroupant des experts en balistique et plus généralement en construction d'armes et de canon, inquiets pour leur avenir depuis que le monde est en paix. Leur président, Barbicane, va alors leur faire part d'un porjet insensé : envoyé un boulet de canon sur la Lune afin d'établir un "contact direct". L'annonce de ce projet fou va créer une immense vague populaire, comprenant autant les enthousiastes que les pessimistes. Se posent alors pour les membres du Gun Club les questions de faisabilité du projet puis, une fois celles-ci devenues concrètes suite à la consultation d'experts, les questions pratiques de mise en oeuvre. Et entre l'endroit où sera positionné la canon, sa taille, la matière dont il sera conçu, le boulet, la poudre... les étapes sont nombreuses et les connaissances balistiques de nos chers membres ne seront pas de trop. 

 

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Voilà, en gros, en quoi consiste la majeure partie de ce roman. Comme habituellement chez Jules Verne, une grande partie du récit est consacrée aux préparatifs de "l'expédition", et ce dans les moindres détails, autant techniques que scientifiques. Et une fois de plus, la photographie des avancées technologiques de l'époque est parfaite, et dans des domaines aussi variés que l'astrophysique, la balistique ou la fonderie. En passant en revue les diverses expériences et savants des domaines concernés, Verne fait un véritable état des lieux scientifiques de son époque, tout en tentant d'ouvrir son monde à d'autres possibilités, et cela via un personnage arrivant dans le dernier tiers du roman, un français qui plus est, le fameux Michel Ardan. En effet, alors que le projet déchaine déjà les passions à travers le monde, la proposition de cet aventurier va faire l'effet d'une bombe : au lieu d'envoyer un boulet sur la Lune, il souhaiterait y être envoyé lui-même, dans un projectile en forme de balle... Un projet complètement fou, insensé, qui va se retrouver opposé aux connaissances actuelles sur la Lune et son "habitabilité" à travers un personnage clé, d'abord seulement nommé avant qu'il n'intervienne physiquement. 

 

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Scientifiquement très documenté, De la Terre à la Lune est clairement en avance sur son époque et passionne par cette vision certes quelque peu biaisée de la réalité (avec nos connaissances actuelles évidemment) mais incroyablement plausible pour son époque. En s'attaquant à la technologie et à l'espace, Jules Verne ouvre tout un nouveau monde aux yeux de ses contemporains et réussit encore à nous passionner aujourd'hui. Et lorsque l'on referme le roman, nous n'avons qu'une seule envie : se jeter sur sa suite Autour de la Lune, titre qui prend tout son sens dans les dernières pages. Mais avant cela, rendez-vous avec trois autres romans de l'auteur, mettant en scène 3 capitaines : Hatteras tout d'abord, puis Grant et enfin Nemo. De grandes aventures en perspective !

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 14:16

Et on poursuit, bien plus tôt que prévu, les Voyages Extraordinaires de Jules Verne avec le premier titre typé science-fiction de l'auteur, Voyage au centre de la Terre. Une nouvelle fois, tout un pan de l'imaginaire collectif accompagne l'annonce de ce titre. Que ce soient les moyens par lesquels nos héros atteindront le centre, ce qu'ils y découvriront, comment ils rentreront chez eux... Bref, de vagues images me viennent en tête lorsque j'aborde ce titre et force est de reconnaitre, une fois encore, qu'elles ne reposent sur pas grand chose de concret...

 

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Voyage au centre de la Terre est donc le second roman de Jules Verne, paru en 1864, et le premier consacré à des évènements inconcevables scientifiquement. Ce titre se distingue d'ailleurs des deux précédentes oeuvres de l'auteur ayant fait l'objet d'un article de ma part dans sa forme. En effet, là où Le tour du monde en 80 jours ou Cinq semaines en ballon proposaient un récit énoncé par un narrateur omniscient, Voyage au centre de la Terre est écrit à la première personne et se présente comme un journal réalisé au retour de l'expédition. Une indication déjà sur l'issue de l'entreprise. A noter également que contrairement aux deux autres oeuvres cités précédemment, les chapitres de ce roman ne sont pas suivis d'une indication de leur contenu. Pas forcément une mauvaise chose puisque cela renforce l'incertitude du lecteur.

 

http://www.3dvf.com/forum/images/vignette/1/186/43.jpg 

 

Commençons donc par un petit point rapide sur le scénario de ce roman. Le professeur Lidenbrock, géologue et minéralogiste, rentre chez luii après s'être procuré un ancien ouvrage islandais. Lors de son examen de l'objet, une feuille s'en échappe, contenant des runes semblant cacher un mystérieux secret. Son neveu et assistant, Axel, trouvera la clé permettant de résoudre le "code secret" utilisé par un certain Arne Saknussemm, révélant une découverte aussi incroyable que fantaisiste : ce grand savant islandais du XVIème siècle dit avoir atteint le centre de la Terre en passant via le cratère d'un volcan de son île ! Loin d'être incrédule, le professeur Lidenbrock voit sa curiosité l'emporter et décide de partir sur le champ pour le mont Sneffels...

 

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Si l'on omet le fait que le récit soit prononcé à la première personne par Axel, le neveu du professeur Lidenbrock, Voyage au centre de la Terre contient les éléments habituels des romans de Jules Verne que j'ai lu jusqu'à présent. En effet, le groupe de héros est une nouvelle fois constitué exclusivement d'hommes avec, pour accompagner Lidenbrock et Axel dans les profondeurs du volcan, l'imposant Hans, chasseur d'eider de son état et guide de l'expédition. Les rôles féminins sont une nouvelle fois restreint à une portion congrue, avec la servante Marthe et la jeune Graüben, fiancée d'Axel et pupille du professeur. Cette fois-ci, le personnage au caractère flegmatique et au calme absolu n'est pas l'un des héros, mais le principal personnage secondaire, Hans. Peu causant, droit dans ses bottes, il ne fait que suivre les indications du professeur et réalise son rôle de guide à merveille, n'hésitant pas à venir en aide à ses compagnons au besoin. Dans Cinq semaines en ballon, le personnage de Dick faisait office de contrepoids à celui de Fergusson. ll considérait l'expédition de son ami impossible et le lui faisait savoir clairement. Ici, c'est Axel qui joue ce rôle auprès de son oncle, alternant les moments de profond désaccord et ceux de parfaite adéquation. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre (en tout cas contrairement à ce que moi, j'attendais), l'expédition de nos héros ne se fera pas en majorité dans le "nouveau monde", loin de là. Il faut en effet attendre le tiers du livre (toujours édition Le livre de poche), soit après une bonne centaine de pages pour voir la fine équipe parvenir au cratère recherché. Il faudra bien 100 pages de plus pour sortir des grottes, galeries et autres réseaux souterrains, avant que la découverte du monde intérieur et le retour n'occupent le dernier tiers du roman. 

 

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Après l'Afrique dans Cinq semaines en ballon et une partie du monde (notamment l'Inde et les Etats-Unis) dans Le tour du monde en 80 jours, Jules Verne nous fait partir cette fois-ci d'Allemagne, avant de rejoindre l'Islande via le Danemark et sa capitale Copenhague. Moyens de transports, description d'une époque, étude d'un peuple (les islandais) : tous les thèmes habituels de l'auteur figurent dans le récit, et cela sans la moindre lassitude. Tour à tour, Jules Verne emmènera ses lecteurs dans des domaines aussi variés que l'étude des langues (via le message laissé par Saknussemm), la géologie (que ce soit sur le chemin menant au cratère, dans les conduits du cratère ou dans le "monde intérieur"), la minéralogie (Axel en est également spécialiste), la paléontologie (avec l'énumération des animaux et de la flore de l'époque ou des périodes de l'histoire préhistorique) ou même la vulcanologie, que ce soit au début ou à la fin de l'oeuvre. Bref, un concentré de culture et des connaissances de l'époque, avec un auteur qui semble au fait des connaissances scientifiques les plus pointues du "moment". Bien évidemment, ce voyage ne peut se réaliser sans anicroches, et quelques péripéties viendront émailler l'expédition de notre très sympathiques trio. De grandes questions scientifiques seront levées, certaines trouvant une réponse acceptable et d'autres laissant planer le mystère. Le suspense est tout aussi présent, et on le ressent grandement lors de la lecture, qui se fait parfois fébrile. Et pourtant, on sait bien que nos héros s'en sortiront, puisqu'Axel ne serait pas là pour nous narrer leurs aventures dans le cas contraire... 

 

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Première oeuvre "fantastique" de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre a tout du chef-d'oeuvre du genre. Passionnant de bout en bout, incertain sur son dénouement (ou plutôt le lieu de ce dénouement - je vous laisse la surprise), toujours aussi bien documenté et donc totalement immersif, voilà un roman de plus de l'auteur à classer dans la catégorie "classique de littérature". Et après avoir tenté de visiter le centre du globe, Jules Verne va nous envoyer bien plus loin dans son roman suivant, sorti en 1865 : De la Terre à la Lune. Tout un programme !

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 10:35

Un bon gros mois après avoir terminé la lecture du  tour du monde en 80 jours, voici donc mon petit billet sur la première oeuvre de Jules Verne, Cinq semaines en ballon. Pas besoin donc de chercher plus loin les références aux montgolfières qui viennent à l'esprit dès que l'on parle de Jules Verne, notamment en ce qui concerne le tour du monde en 80 jours. Comme je l'avais déjà rappelé à l'époque, pas de trace de ballon dans ce roman, mais un imaginaire collectif qui associe inévitablement tour du monde à ballon. Le dessin animé japonais ayant sans doute sa part de responsabilité dans ceci, même si le point de départ doit être ce roman, le premier de son auteur, paru pour la première fois en 1863.

 

 

Cinq semaines en ballon fait partie des titres "réalistes" de Jules Verne, où les connaissances contemporaines suffisent à l'intrigue, dans un monde en tout point semblable à celui de ses concitoyens. Le "pitch" du roman est assez simple : le Dr Fergusson, éminent explorateur, met en place un projet fou, celui de traverser toute l'Afrique en ballon, dans le but premier de découvrir les sources du Nil. Pour se faire, il sera accompagné par son fidèle domestique Joe et son meilleur ami, Dick Kennedy, chasseur hors-pair.


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Jules Verne nous emmène donc, pendant 332 pages (édition Le livre de Poche, où un grand nombre de romans de Jules Verne sont parus avec la même maquette, rendant le tout très agréable à voir dans une bibliothèque), sur les traces des plus grands explorateurs du 19ème siècle. Le continent africain, alors fortement méconnu puisque difficilement accessible par les moyens de locomotion de l'époque, délivrera une grande partie de ses secrets durant ce siècle, qui aura vu se succéder des dizaines et des dizaines d'aventuriers en tous genres, affrontant mille dangers afin de faire progresser la connaissance du monde de leurs contemporains (et sans doute aussi un peu pour leur gloire personnelle). Beaucoup auront péri en chemin, que ce soit de maladie ou suite à de mauvaises rencontres. Le voyage du Dr Fergusson et de ses compagnons ne s'annonce donc pas de tout repos, même si le choix de leur moyen de transport doit leur éviter la très grande majorité des écueils rencontrés par leurs prédécesseurs. 

 

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Le récit se fait en plusieurs étapes : présentation des personnages et de leur caractère via la mise en place du projet et les préparatifs qui en découlent, description assez précise du fonctionnement de l'aérostat confectionné avec grand soin par Fergusson, départ de Zanzibar et traversée - forcément mouvementée - de l'Afrique d'est en ouest. Et comme dans Le tour du monde en 80 jours, Jules Verne montre qu'il excelle dans les descriptions des paysages et des technologies de son temps. Cinq semaines en ballon, c'est un peu comme un carnet de voyages de l'époque, nous donnant la vision et la connaissance du 19ème siècle du continent africain par les européens. Et il s'agit là d'un point important à bien avoir en tête lorsque l'on lit les oeuvres de Jules Verne : lorsqu'elles sont, comme Cinq semaines en ballon ou Le tour du monde en 80 jours, du type "réaliste", il faut se mettre dans "l'ambiance" de l'époque, c'est-à-dire les empires coloniaux et la méconnaissance totale de l'homme noir en général. Les termes utilisés donc dans les romans de cette époque ("nègres", "sauvages", "singes") ne sont que le reflet de la "normalité" du moment et aucunement une marque de racisme. Pas besoin donc d'intenter un procès à Jules Verne comme cela a été le cas pour Hergé et son Tintin au Congo... Les oeuvres d'une époque ne sont que le reflet de celles-ci, avec ses qualités et ses défauts.

 

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Mais mettons cela de côté et intéressons nous plus en détail aux évènements narrés par Jules Verne dans Cinq semaiens en ballon. Ayant pris de nombreuses précautions, le Dr Fergusson et ses compagnons ne rencontrent d'abord que de rares incidents, hormis quelques acrochages avec des autochtones tantôt apeurés tantôt émerveillé par l'engin fabuleux qui apparaissait sous leurs yeux. Mais la fin du voyage sera plus mouvementée, entre manque de vent en plein désert, attaques d'oiseaux et course-poursuite effrenée. Bref, suffisamment d'action pour conserver l'intérêt du lecteur, avec un récit parsemé de détails concernant les précédentes expéditions africaines. Une preuve de plus de l'extrême documentation réalisé par l'auteur.

 

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Côté personnages, pas de femmes dans ce roman (à l'instar de Mrs Aouda dans Le tour du monde en 80 jours). Le personnage principal, le Dr Fergusson, a quelques traits de caractères le rapprochant de Phileas Fogg (même si l'inverse serait plus vrai étant donné la chronologie des romans), notamment cette propension à rester impassible et calme durant les évènements les plus violents. Certes, il parait nettement plus ouvert que Fogg mais le rapprochement est inévitable, comme il est inévitable de rapprocher Passepartout de Joe. Les deux domestiques sont tous deux de véritables gaillards, acrobates, mettant leur vie en jeu pour leur maitre. Joe en fera d'ailleurs preuve de bien audacieuse façon... Quant à Dick Kennedy, il est l'ami du docteur, tout d'abord réticent à l'idée de ce voyage qui lui semble complètement fou puis d'une aide précieuse quand il s'agit de se procurer du gibier ou de repousser des ennemis trop pressants. En bref, un trio de casse-cou, véritablement attachant et écclectique, mais totalement complémetaire.

 

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Dans sa structure du récit, Jules Verne parvient une nouvelle fois à réaliser quelques prouesses. Comme lors du final du tour du monde en 80 jours, l'auteur nous propose de suivre certains évènements en alternance, la "conclusion" permettant de relier ceux-ci. Bien évidemment, il s'agit là d'un des moments les plus marquants du tome, l'un de ceux qui auraient pu mettre en péril le voyage entrepris. Un passage très réussi, qui captive le lecteur et lui fait lâcher un soupir de soulagement lors de son dénouement. 

 

S'il a beaucoup travaillé sur l'oeuvre avant cette publication finale, Jules Verne réussit tout de même une jolie performance pour un premier roman. En effet, difficile de lui trouver de réels défauts tant il remplit parfaitement son contrat de romans d'aventures et d'exploration d'une contrée inconnue. Et on comprend mieux pourquoi celui-ci n'est que le début des Voyages extraordinaires de l'auteur, comptant plus de 60 oeuvres sur près de 50 ans. Tout un programme donc ! Ce qui m'amène à ma prochaine lecture : Voyage au centre de la Terre, second roman de Jules Verne sorti en 1864. Mais ça, ce sera pour dans quelques semaines... 

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 14:23

Connu de tous, « Le tour du monde en 80 jours » est le titre ayant fait de Jules Verne l’auteur le plus connu au monde avant 1900. Second écrivain le plus traduit au monde encore aujourd’hui (derrière Agatha Christie), Jules Verne possède une aura incroyable et, bien qu’ayant lu lors de mes années collèges l’excellent roman (d’après mes souvenirs en tout cas) « l’île mystérieuse », prendre connaissance de son impressionnante bibliographie faisait partie de mes souhaits. Et il a suffit que ma copine m’offre ce roman (ainsi que « 20 000 lieues sous les mers ») à l’occasion de mon anniversaire pour que ce souhait devienne réalité (6 autres achats ont suivi par ailleurs…)

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Mais avant de parler de ces autres œuvres (que j’essaierai de lire dans l’ordre chronologique de leur parution), commençons par ce titre célébrissime. Je pensais avoir quelques vagues souvenirs, quelques vagues connaissances du thème abordé, de l’histoire narrée. De vagues images de montgolfière notamment. Sans doute une réminiscence d’une adaptation télévisée ou du dessin animé du même nom des années 80. Ou d’une autre œuvre de l’auteur. Car ce souvenir était totalement trompeur puisqu’il n’est nullement question dans « Le tour du monde en 80 jours » de montgolfière, de près ou de loin. 

 

L’œuvre de Jules Verne peut être scindée en 2 parties distinctes, la première regroupant les romans se déroulant dans des mondes imaginaires, avec une bonne dose de science-fiction ; la seconde regroupant quant à elle les romans contemporains de leur auteur. « Le tour du monde en 80 jours » fait partie de cette seconde catégorie. Le synopsis de départ est assez simple : Phileas Fogg (dessin ci-dessous), britannique flegmatique à la vie réglée comme un coucou suisse, parie avec ses compagnons de whist (un jeu de cartes anglais très à la mode au XIXème siècle) qu’il est capable de faire le tour du monde en 80 jours, durée théorique prenant en compte les dernières évolutions technologiques de l’époque (ouverture du canal de Suez, voies ferrées, paquebots à vapeur…). Jules Verne nous propose alors de suivre le périple de ce gentleman, accompagné dans sa folle tentative par son tout nouveau majordome, le français Passepartout. Mais voilà qu’une étrange affaire de vol de bank-notes va mettre sur la piste de Phileas Fogg l’inspecteur Fix, qui va se faire un devoir de mettre la main sur le suspect numéro un du larcin…

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Au menu de ces quelques 300 pages (édition Folio Classique, annotée), Jules Verne nous propose donc une description détaillée des divers moyens de transports de l’époque afin de parvenir au but de Mr. Fogg ainsi qu’une description des peuples (de leurs coutumes, de leurs cultures) que nos héros rencontreront au cours de leur périple, le tout agrémenté d’une intrigue policière sous-jacente et d’une fine touche de romance. L’ensemble est parfaitement équilibré et même si certains retournements de situations sont prévisibles, la manière dont ils sont amenés est toujours un plus à la lecture. Le dénouement est d’ailleurs très réussi, que ce soit concernant la fameuse affaire occupant l’inspecteur Fix, le pari de Phileas Fogg ou la vie de nos héros.

 

Avec « Le tour du monde en 80 jours », Jules Verne permettait aux lecteurs de son époque d’avoir une vision du monde qui ne leur était pas forcément permise et permet aujourd’hui aux lecteurs du XXIème siècle d’avoir une vision très précise du monde tel qu’il était à la fin du XIXème. Cela est rendu possible par la faculté assez impressionnante de l’auteur de « 20 000 lieues sous les mers » et autres « Voyage au centre de la Terre » à décrire précisément et de manière concise les divers paysages parcourus par ses héros, la géographie de l’époque et les moyens pour se rendre d’un point A vers un point B, à tel point qu’un contemporain de Jules Verne aurait sans aucun doute pu refaire le parcours de Phileas Fogg et Passepartout (dessin ci-dessous) en prenant pour feuille de route le roman de l’auteur !

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S’il permet d’en apprendre plus sur les moyens de transports de l’époque, « Le tour du monde en 80 jours » permet également de se replonger dans le contexte géopolitique de la fin du XIXème siècle, avec les empires coloniaux, notamment le britannique. L’influence partielle de la couronne sur le territoire indien (où certaines coutumes ancestrales demeurent) et sur l’opium en Chine offre un éclairage intéressant sur les relations entre les peuples, leurs coutumes, leurs traditions, tout comme le passage par le Japon et les Etats-Unis est émaillé de détails très intéressants. Bref, Jules Verne nous offre une véritable visite touristique du monde du XIXème siècle, dans le sens large du thème, entre consommation d’opium, voyage à dos d’éléphant et autres duels au pistolet.

 

Mais une bonne histoire ne serait rien sans des personnages au diapason. L’histoire du roman tourne bien entendu essentiellement autour de notre héros Phileas Fogg, et de son majordome, Jean Passepartout. Un duo que beaucoup oppose mais qui verra ses liens se renforcer au travers des épreuves, créant une fidélité et une dévotion réciproque. Fogg, avec une vie écrite sur du papier à musique et d’une routine hallucinante, au caractère imperturbable et constant. Passepartout, ancien membre d’un cirque, devenu domestique afin d’avoir enfin une vie casanière et qui se révèlera autant d’une aide précieuse pour son maitre (en Inde notamment), qu’un obstacle de plus sur la réalisation de ce pari fou.

 

A ces deux personnages principaux vont s’ajouter deux personnages secondaires ayant une énorme influence sur les évènements narrés. Le premier est bien entendu l’inspecteur Fix, qui n’a pour seul objectif que la capture du suspect numéro 1. Une longue filature à travers le monde, doublée d’une course contre la montre palpitante. Obligé d’accompagner notre duo lors de leur périple, il deviendra un atout non négligeable par la suite… Le second personnage secondaire important est Mrs Aouda. Princesse indienne instruite comme une britannique, elle devait être sacrifiée au nom de coutumes ancestrales d’un autre temps. Le hasard mettra Phileas Fogg et Passepartout sur son chemin, changeant irrémédiablement sa vie, tout comme celle de ses sauveurs. Une touche féminine loin d’être inintéressante, puisqu’elle apporte une touche de romance au récit, malgré une influence assez faible sur les évènements, Jules Verne lui réservant un rôle d’observatrice attentive plutôt qu’actrice.    

 

En bref, et 140 ans après sa première sortie, « Le tour du monde en 80 jours » mérite son qualificatif de chef d’œuvre. Véritable témoignage d’une époque, le roman du Jules Verne est autant une histoire palpitante, avec des rebondissements réguliers, qu'une histoire d’amour discrète ou qu'un documentaire, avec des personnages aux caractéristiques simples et efficaces, auxquels le lecteur s'attache et dont le souvenir devrait demeurer pendant quelques temps. Un titre réellement enrichissant et que l’on se doit d’avoir lu. Sur ce, je m’en vais découvrir le reste des œuvres de l’auteur, en commençant par « Cinq semaines en ballon », son premier roman. 

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Published by ivan isaak - dans Livres
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