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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 12:25

Une fois n'est pas coutume, voici mon premier article sur un sujet qui me traverse l'esprit depuis quelques temps. En effet, nous avons pu observer ces dernières années une nouvelle sorte de manga envahir nos rayons (non, je ne parle pas des yaoi ^_^), à un point que désormais, ceux-ci sous presque devenus un genre à eux-seuls. Comment les définir ? Difficile de trouver un terme adéquat. Le titre de cet article fait mention dans tous les cas de 2 critères principaux afin de pouvoir faire partie de ce cercle pas vraiment fermé : des héros masculins plutôt beaux gosses et donc attirant le regard de ces demoiselles, ainsi qu'un graphisme et une histoire dans la tendance gothique, comprendre par là des héros torturés, au passé pas vraiment rose, le tout dans une ambiance de mystères et de danger appuyée. Et, étrangement, ces titres sont quasi-exclusivement réalisés par des femmes... Des exemples seraient peut-être plus parlant ? Bien, nommons dans ce cas les 2 plus grands représentants du genre disponibles en France : Pandora Hearts et Black Butler. Vous voyez désormais mieux de quoi je veux parler, non ? Et bien des titres de ce genre, c'est à la pelle que nous les ramassons dorénavant dans les étalages de nos librairies préférées...


http://img.manga-sanctuary.com/big/pandora-hearts-manga-volume-5-simple-41142.jpghttp://img.manga-sanctuary.com/big/black-butler-manga-volume-6-simple-42093.jpg


Comme toutes les modes, celle-ci est sans aucun doute partie d'une volonté éditoriale additionnée à une demande réelle d'une partie du public. Mais quel public ? C'est finalement une question assez simple : le lectorat féminin. Alors oui, les filles avaient déjà tendance, depuis toujours, à lire plus facilement des shonen que les mecs à lire du shojo. Mais il restait difficile pour un shonen de réussir à attirer dans ses filets une très grosse quantité de fans féminines. L'oeuvre qui a sans doute fait "tilt" dans la tête des éditeurs nippons (et peut-être français par la même occasion) se nomme Fullmetal Alchemist (débutée en 2002). Dessinée par une femme (Hiromu Arakawa), la série possède les ingrédients nécessaires pour attirer le lectorat du "sexe faible" : un duo de héros mignonnets (Ed et Al, sans son armure, ont les faveurs des jeunes filles), des personnages secondaires tout aussi charmants (Roy Mustang en tête), une histoire sombre (héros orphelins, quête dangeureuse, sort du monde entre leurs mains) et un graphisme qui s'éloigne des standards shonen. Le résultat est convaincant et le public féminin conquis (sur Manga Sanctuary, plus de 30% des possesseurs sont des filles). De quoi tenter l'aventure en appuyant sur certains points, histoire de voir ce que ça donne. Et c'est bien spur l'éditeur de Fullmetal Alchemist au Japon qui lance l'offensive.


http://img.manga-sanctuary.com/big/fullmetal-alchemist-manga-volume-27-simple-46100.jpghttp://img.manga-sanctuary.com/big/fullmetal-alchemist-manga-volume-3-simple-1561.jpg


Et voilà comment Square Enix lance, en l'espace de quelques mois, deux de ses plus grands succès : Pandora Hearts et Black Butler. Si certains titres demeurent dans la tendance de FMA (Soul Eater, Tripeace, Artelier Collection, Blood Lad), avec un graphisme proche du shonen et/ou une histoire plus "légère", force est de constater que le succès des deux titres phares suscités va lancer des vocations. Comme dit plus haut, les points communs sont nombreux : des personnages plutôt beaux gosses (Oz, Gilbert, Xerxes entre autres pour Pandora, bien évidemment le jeune Ciel et Sébastian pour Black Butler), une histoire sombre, voire très sombre (le passé de Ciel, la véritable nature de Sébastian, le destin d'Oz, avec la tragédie de Sablier et tout et tout), le tout dans une ambiance graphique aux allures réellement gothiques, avec un poil de gore, des teintes aussi sombres que les thèmes et du sang à foison. Et le résultat est sans appel : le succès est immédiat et les filles au rendez-vous (56% de filles pour Pandora Hearts sur MS, 60% pour Black Butler, séries respectivement classées 50 et 25ème en nombre de possesseurs). Il semblerait que leurs auteures, féminines pour rappel (Yana Toboso pour BB et Jun Mochizuki pour PH), aient trouvé la bonne formule. Et, du coup, les éditeurs s'engouffrent dans la brèche, pour le meilleur, et surtout pour le pire...


http://img.manga-sanctuary.com/big/bloody-cross-manga-volume-3-simple-56047.jpghttp://img.manga-sanctuary.com/big/undertaker-riddle-manga-volume-1-simple-60197.jpg


S'ensuit alors une quantité incroyable de titres reprenant les mêmes recettes, et que cela soit dans des magazines shonen, comme les titres cités précédemment, ou même des magazines shojo. Pêle-mêle, on pourrait citer Karneval, Bloody Cross, Undertaker Riddle, Diabolic Garden, Conductor, Lost Paradise, Superior et sa suite Superior Cross, Crimson Shell, Secret Service Maison de Ayakashi, Ilegenes, The mystic archives of Dantalian, Princess Nightmare... La liste pourrait être très très longue, mais quand on voit que celle-ci est soit basée sur quelques éditeurs (Ki-oon et Soleil en très grande majorité) soit basée sur les sorties de l'année, on prend conscience du phénomène. 


http://img.manga-sanctuary.com/big/secret-service-maison-de-ayakashi-manga-volume-2-simple-54195.jpghttp://img.manga-sanctuary.com/big/princess-nightmare-manga-volume-1-simple-53790.jpg


Mais, me direz-vous, où est le problème ? Disons qu'il n'y en a pas vraiment. Mais il faut néanmoins reconnaitre qu'autant de titres similaires sur une période aussi ténue ne peut qu'être nocif pour un marché déjà saturé. Alors oui, le public pour ce type de séries existe, preuve en est l'énorme succès des deux fers de lance du genre. Mais pour les autres ? Peut-on en dire autant ? Avec une identité graphique totalement absente (nous avons désormais uniquement des Pandora Hearts-like ou des Black Butler-like dans le tas), un scénario qui se fait continuellement sombre sans forcément réussir à convaincre, et surtout une étonnante impression de "déjà-lu" qui ressort de la plupart de ces nouveautés, trop tirer sur ce filon risque de tarir l'intérêt des lectrices, d'autant plus qu'il risque même de tarir la source même en multipliant les nouveautés sur un tel rythme. 


http://img.manga-sanctuary.com/big/lost-paradise-manga-volume-3-simple-56051.jpghttp://img.manga-sanctuary.com/big/the-mystic-archives-of-dantalian-manga-volume-1-simple-59163.jpg


Jusqu'à présent, la force du marché du manga en France reposait essentiellement sur sa diversité. Depuis quelques années, et plus encore depuis 2/3 ans, cette diversité tend à disparaitre devant une uniformité inquiétante, que ce soit dans ce type de "nouveau genre" ou bien même dans la globalité des shonen/shojo du moment. Un manque de variété sans doute imposé par des obligations de résultats. A quoi cela servirait-il de tenter un titre différent si en en sortant un rentrant parfaitement dans les clous, l'éditeur rentre sans sourciller dans ses frais ? Cela équivaudrait à faire un pari risqué, ce que ne peuvent se permettre certains en ces temps de crise. On assiste donc, impuissants, à un appauvrissement lent mais régulier du marché manga en France, et cette petite goutte que représente ces "shonen pour filles gothico-mignons" y contribue allègrement, tout en faisant, en plus, baisser la qualité moyenne des productions éditées en France. 

 

Dernièrement, même si je pense que cela est assez passé inaperçu auprès de la très grande majorité du public manga, les éditions Akata/Delcourt ont tenté de donner un coup de pied dans la fourmillière, en particulier leur responsable, l'exubérant Dominique Véret (d'abord via un mail envoyé à certaines rédactions de la presse manga, puis via leur compte Facebook le 10 août et mercredi dernier suite à la critique de Dossier A. 13). Ce qui l'a poussé à cette prise de parole ? La situation actuelle du marché en France sans doute, avec notamment l'arrivée de plus en plus en ligne directe des éditeurs japonais via Kazé (Shueisha/Shogakukan) et Pika (Kodansha), et aussi, puisqu'il semble qu'il s'agisse du point de départ de tout ceci, ma critique de Ki-Itchi VS 2 sur Manga sanctuary (bientôt en ligne sur le blog). En susbtance, son message est assez simple : devant une uniformisation un peu contrainte et forcée du marché manga en France, la presse manga, papier et internet réunis, se doit d'orienter les lecteurs vers les titres qui valent vraiment la peine d'être lu, ceux qui nous apportent quelque chose à leur lecture. Mes critiques sur MS, et ce petit billet donc, sont ma maigre pierre apportée à cette entreprise, très louable malgré ses chances de réussite assez maigres. Mais si nous voulons encore lire du manga qui interpelle et fasse réagir, il faut bien tenter quelque chose.

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Published by ivan isaak - dans Manga et assimilés
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commentaires

a-yin 18/12/2012 16:25


Merci pour cette "pierre apportée à l'édifice". Moi aussi j'ai constaté cette uniformisation dans les étales des librairies. Comme toi, j'ai du mal à trouver une originalité graphique, c'est
beau, certes, mais un peu froid (même très). Je n'en ai pas lu autant que toi, mais j'ai pu tenter Pandora Hearts (qui n'est pas mauvais, même si je ne me sens pas la cible) et Karneval. Je pense
que ce truc de mecs beaux et torturés, dans un univers autre que quotidien, est à dater d'il y a plus longtemps que FMA. Le fait que des nanas aient commencé à faire des titres d'aventure, avec
des hommes, des pseudo-shônen, mais à destination purement féminine, est à attribuer à Kazuya Minekura avec son Saiyuki. C'est vraiment un des points de départ qui a rendu possible, je pense, des
titres comme ceux que tu cites.

ivan isaak 18/12/2012 21:22



Tout d'abord, merci pour ton commentaire. En effet, on peut dire que ce nouveau style de manga a été initié par Minekura. Partir de FMA était voulu car nettement plus récent et semblant
réellement un point de départ à une "mode longue durée", avec un autre titre que j'ai d'ailleurs oublié de mentionner, D. Gray-man. C'est en partant de ces succès, en conservant les bases et en y
ajoutant les détails qui en ont fait les titres dont nous parlons qu'est née cette nouvelle mouvance, avec une multiplication des titres et une uniformisation graphique. Un peu comme un
"big-bang" du genre.